Depuis le milieu du 20e siècle, la psychologie transpersonnelle tente de (ré)concilier psychologie et spiritualité. Auparavant, on considérait ces deux approches comme deux soeurs ennemies. Jusqu’à ce que certains psychologues et psychanalystes reconsidèrent la chose et proposent un nouveau regard. Dès lors, on commence à accepter que la dimension sacrée de l’existence puisse constituer une expérience humaine à part entière. Or, il est assez étrange que cela apparaisse comme un progrès récent. Étant donné que le mariage de la psychologie et de la spiritualité a en fait toujours existé chez les Antiques. Dans cet article, nous allons voir que le mouvement transpersonnel n’a rien inventé de particulier, et qu’il s’est même souvent égaré dans des paradigmes spirituels tout à fait discutables.

La psychologie transpersonnelle comme quatrième vague

Le domaine de la psychologie générale a connu plusieurs périodes de développement. La psychologie transpersonnelle se considère aujourd’hui comme la quatrième vague importante dans cette évolution. 

Après les ères de la psychanalyse, du comportementalisme et de l’humanisme, de grands psychothérapeutes comme Abraham Maslow et Stanislav Grof ont posé les bases d’une thérapie transpersonnelle tenant compte de la dimension spirituelle.

Auparavant, les psychanalystes considéraient les expériences religieuses et mystiques comme le produit de névroses. C.G Jung a été le premier à s’élever contre cette traduction freudienne systématique. Il affirmait au contraire que les religions et autres traditions spirituelles (comme l’alchimie) stipulent des réalités psychiques tout à fait cohérentes et utiles.

Jusque-là, tout va bien.

Psychologie transpersonnelle et états modifiés de conscience

Après des travaux de Jung, on a bien voulu croire que l’expression du sacré en l’homme est un facteur d’équilibre et de santé psychologique.

On sait que Jung s’est énormément intéressé aux traditions spirituelles, aux religions et aux mythologies. Il a cru voir dans ces grandes productions culturelles antiques la manifestation de mécanismes psychologiques inconnus. Il les a donc observés et répertoriés à sa manière. Puis, il leur a donné des noms comme les archétypes ou encore l’inconscient collectif.

Mais, ce qui constitue une nouveauté pour son époque, c’est que le psychiatre zurichois ses soit également beaucoup intéressé aux phénomènes paranormaux.

C’est sans doute cette inclination de Jung pour les états modifiés de conscience (dont le rêve fait partie) qui a ouvert la porte aux explorations particulières des psychothérapeutes transpersonnels des années 70.

On a vu naître dans cette période de nouvelles techniques thérapeutiques. Elles utilisent le souffle et induisent des états parapsychiques libérateurs. Comme le Rebirth ou encore la fameuse respiration holotropique de Grov.

Le soin de l’âme

Jusqu’ici réservé au domaine de la religion, le terme d’âme va connaître un renouveau chez les psychologues transpersonnels.

On va commencer à parler de soin de l’âme. Et accepter progressivement que celle-ci puisse constituer un élément à part entière du psychisme. Un élément digne d’observation et dont on cherchera à restaurer l’existence et l’identité. En affirmant par exemple que le manque d’intérêt qu’on lui porte est la cause de la plupart des difficultés psychologiques de l’homme.

C’est une inversion totale vis-à-vis de la psychanalyse. Puisque, contrairement à elle, la psychologie transpersonnelle considère que nos problèmes psychologiques viennent d’une carence de sacralité. 

Le thérapeute transpersonnel devient donc sous cet angle un psy qui se substitue au sage de la tribu ou au prêtre de la communauté. A tel point que d’aucuns ont fini par penser que le mouvement transpersonnel allait probablement remplacer la religion devenue caduque.

Et c’est là que ça dérape.

Vers un syncrétisme monstrueux

A partir de là, la notion d’âme va prendre une forme monstrueuse. 

Oubliant totalement les fondamentaux antiques et théologiques qui ont défini ce concept depuis longtemps, on va associer l’âme à la partie spirituelle de l’homme.

Or, selon les enseignements traditionnels, ce n’est pas à l’âme qu’est impartie cette fonction, mais à l’esprit!

L’homme étant un être tripartite (corps-âme-esprit), le fait d’associer la fonction spirituelle à l’âme, le prive d’un étage fondamental.

Et surtout, c’est la porte ouverte à toute sorte de fausses analogies. Lesquelles vont transformer la psychothérapie transpersonnelle en un grand fourre-tout spirituel. En effet, on y mélange pêle-mêle les chakras, le chamanisme, la physique quantique, la réincarnation, les rêves lucides, les NDE ; c’est-à-dire à peu près tout ce à quoi s’occupe actuellement le new-age.

Constatant le manque de rigueur scientifique qu’affiche de plus en plus le mouvement transpersonnel à notre époque, il n’est donc pas étonnant que les pouvoirs publics s’inquiètent d’éventuelles dérives sectaires le concernant.

Les Pères du désert

Il existe une autre méprise fréquente dans les milieux du transpersonnel. Celle de croire qu’avant Jung, il n’existait aucune psychologie des profondeurs.

On imagine que les Antiques suivaient des préceptes religieux et initiatiques niais et dépourvus de toute objectivité psychologique. Et qu’il faudra attendre Maslow, Assagioli ou Wilber pour y voir plus clair…

Il est vrai qu’à ces époques reculées, on ne parlait certainement pas de stade anal ou d’archétypes, ni même encore d’holotropie. Mais cela ne signifie pas pour autant que les anciens sages et autres anachorètes du désert ignoraient tout des rouages complexes et tortueux du psychisme.

Bien au contraire d’ailleurs!

Simplement, ils les décrivaient d’une autre manière, peut-être plus simple. Sans ignorer toutefois la part d’ombre qui siège en chacun, et que la tradition spirituelle occidentale a nommée l’EGO.

La psychologie transpersonnelle et l’Occident.

On ne peut pas dire que le mouvement transpersonnel occidental ait réellement trouvé ses racines spirituelles.

C’est même plutôt l’inverse. Puisque la plupart des propositions d’études des écoles transpersonnelles actuelles puisent presque exclusivement aux sources des traditions orientales et chamaniques.

A-t-on oublié à ce point qu’il existe une tradition spirituelle purement occidentale? Et que celle-ci est véhiculée par les Pères du désert, à mi-chemin entre l’hellénisme et le christianisme des origines?

Comment se fait-il qu’une personne qui s’intéresse aujourd’hui à une spiritualité introspective ignore sa propre tradition, et aille se perdre dans le rafistolage grotesque des néo-yoguismes mondains et autres chamanismes tambourinant?

Qu’on se comprenne bien. Le yoga et le chamanisme traditionnels sont des voies spirituelles respectables et authentiques. Mais il convient aussi de constater à quel point elles ont été déformées par la superficialité de notre société de consommation et sa propension à effleurer les choses.

Tout thérapeute transpersonnel se devrait donc d’être conscient de telles anamorphoses et imiter scrupuleusement la rigueur qui caractérisait ses premiers pairs.

Rappeler peut-être également à ses patients qu’ils sont les héritiers légitimes d’une longue tradition locale. Laquelle est sans doute le remède qu’ils attendent pour conjurer leur mal-être…

Le psy et le sage ne se marient pas, ils s’assistent…

Santé psychique ou sagesse?

Certaines traditions spirituelles affirment que le sage et le fou sont une seule et même personne…

S’il est sans doute vrai que la sagesse passe probablement par une sorte d’audace particulière dont seuls les fous semblent capables, en revanche les Pères du désert voyaient les choses tout autrement.

Pour eux, la folie était de croire que le développement spirituel est la même chose que le développement personnel.

C’est ici qu’il faut rappeler la grande erreur de la psychologie transpersonnelle. Elle confond trop souvent l’étage psychique et l’étage spirituel.

Et donc, qui mélange l’âme et l’esprit, à nouveau…

Pour les Antiques, ce genre de confusion était catastrophique. Car, en se prétendant autonome dans sa croissance spirituelle, l’homme cédait à l’appel hégémonique de son ego.

Psychologie et spiritualité, un mariage impossible?

Mariage oui, mais pas (con)fusion!

Or c’est ce que propose trop souvent la psychologie transpersonnelle en laissant à penser que l’on peut résoudre ses problèmes psychologiques avec des pratiques spirituelles exotiques. 

Ce qui est évidemment faux et surtout très dangereux.

A nouveau, on trouve des contre-exemples de cette méprise dans certaines traditions comme l’Hermétisme alchimique, où étaient jadis préconisées deux quarantaines

Donc deux étapes de travail sur soi très distinctes.

La première consistait en un exercice de nettoyage psychique, pour ne pas dire psychothérapeutique.

La deuxième quarantaine était ensuite dédiée au travail réellement spirituel. Celui-ci n’avait donc plus rien d’introspectif au sens où l’entend la psychologie en général.

En conclusion

Il est dommage que les initiatives de la psychologie transpersonnelle n’aient pas dépassé le stade du syncrétisme.

Déjà de son temps, C.G Jung avait commis l’erreur de compacter les données de ses recherches spirituelles pour un faire un système de psychologie originale.

Sa vision de l’alchimie, par exemple, n’est pas dénuée d’intérêt. Cependant, elle s’écarte résolument du cursus traditionnel qu’ont toujours suivi les alchimistes, et que Jung ne pouvait par conséquent qu’ignorer puisqu’il n’était pas hermétiste, mais psychologue.

L’erreur de Jung fut donc de transformer l’alchimie à son image, alors qu’un alchimiste fait l’inverse. Il se laisse transformer par l’objet de son étude.

Espérons que les acteurs de la psychothérapie transpersonnelle retrouveront le chemin de la vision tripartite, qui veut que l’homme soit fait de corps, d’âme et d’esprit. Ce que soulignent au reste en profondeur la plupart des traditions spirituelles du monde, depuis la nuit des temps.

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